Notre sélection des meilleurs restaurants en vidéo, des portraits de chefs talentueux et de producteurs authentiques, un suivi de l'actualité gourmande... Bienvenue sur la planète Gastronomiens où la cuisine s'admire, se mange, se vit !
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Andrea Calek est un OVNI. Mèche rebelle, regard perçant, sourire charmeur… ce natif de République Tchèque cultive une passion ardente pour le vin et présente une personnalité atypique lui conférant des airs de mystérieux chamane. Babiole, La Blonde, Chaton de Garde… autant de cuvées au caractère bien trempé, aussi peu conventionnelles que leur créateur aux allures dépareillées. C’est avec une grande sincérité et un accent non dissimulé qu’il nous parle de son parcours, de ses vins, de la vie qu'il mène dans une caravane plantée en plein coeur des terres ardéchoises, proche de sa chienne et de ses vignes…
« J'ai beaucoup voyagé en Europe. Jeune homme, mon objectif était de traverser la France pour atteindre Rio. Une fois à Nice, j'ai rencontré Catherine, la mère de mes enfants : mon sac s'est posé chez elle... et y est resté. Du coup je ne connais toujours pas le Brésil ! » En ces quelques mots Andrea Calek nous dévoile déjà un peu de lui-même. Véritable électron libre, il écrit sa vie au jour le jour. « Une fois en France il fallait bien faire quelque chose : j’ai enchaîné les petits boulots, en travaillant dans les oliviers, à m'occuper de tailler, replanter... Puis j’ai voulu m’impliquer davantage et j'ai bien réfléchi : les oliviers m’avaient donné envie de faire quelque chose que je puisse boire ; d'un autre côté je me suis dit que j’avais toujours aimé le vin, même lorsque j'étais en Tchéquie… Bref je me suis surtout rendu compte que je buvais beaucoup plus de vin que d’huile d’olive ! Mon choix était fait. »
C'est alors qu'il part en Provence, au Château de Rousset, pour entreprendre un BTS viticulture oenologie. En 2003, il est engagé pour travailler en biodynamie au Domaine Hauvette, puis, pendant plus de deux ans, à Vinumentis avec Yann Rohel, où il s'exerce exclusivement à la vinification. Une rencontre. « Grâce à lui, j'ai beaucoup appris. Travailler dans le beaujolais et la vallée du Rhône en même temps m'a permis d'ouvrir les yeux sur le monde du vin : Clan Joly, Maximus, Marcel Richaud et d’autres spécimens rares… J'ai pu percevoir les millésimes de manière horizontale, observer la vinification sous différents angles et approfondir le traitement en bio-certifié, où seuls le cuivre et le souffre sont autorisés. »
Parti à Lyon pour devenir ingénieur en filière vinicole – qu'il ne deviendra jamais, faute de ne pas avoir achevé son mémoire ! – Andrea fait le bilan. Fort de son amitié avec Gérald Oustric, rencontré à la Hauvette, il décide de s'installer en Ardèche, à Valvignères, où il reprend à sa charge quelques arpents de terre du domaine du Mazel. En 2007, un premier vin se détache : A Toi Nous. « Je me suis toujours dit qu’il était parfaitement ridicule de réaliser plein de cuvées différentes. Et puis comme je fais toujours l’inverse de ce que je dis, quatre autres ont directement suivi ! » Là-bas, les amitiés se lient, la solidarité prend forme. En pleine mise en bouteilles, il m'explique qu'une grande partie du matériel viticole est le fruit d'une acquisition commune. « Je ne connais pas beaucoup de monde ici, mais on est très solidaires dans notre groupe. On se prête le matériel à tour de rôle, c'est bien pratique. »
« Généralement quand tu commences comme ça, c'est vraiment dur de revenir en arrière. Moi j'ai vinifié pour la première fois chez ma grand-mère, qui cultivait déjà l'art du sans souffre. En général, le vin nature c'est une approche. Plus de fraîcheur, pas écrasé par le sulfite... Mais n'oublions pas que c'est par goût que je le fais avant tout. Ma philosophie du vin naturel : ne rien mettre et ne rien enlever. Plutôt vibrant, non ? Parfois, c'est même tellement vibrant que je le mets en distillerie ! »
Issu d'un sol argilo-calcaire, ses vins expriment une belle acidité, de la fraîcheur sans trop d'alcool. En cave, Andrea travaille intégralement en fût de chêne. Sa Babiole, savant mélange de Syrah, Carignan et Grenache, nous épate par son équilibre et sa puissance, Chaton de Garde (« déconseillé aux chiennes », c'est marqué sur l'étiquette !) révèle la rondeur d'un 100% Syrah. Quant à La Blonde, son effervescent blanc, il s'agit tout simplement du hasard : « au départ, je voulais faire un blanc, mais la fermentation n'était pas encore finie en 2007. Comme je suis un peu feignant, j'ai décidé d'en tirer quelque chose malgré tout ! » Et si l'on ose évoquer Grande Arnaque, la réponse est éloquente : « je n'ai aucune information à ce sujet, secret professionnel ! » On aura essayé... Allez, dernière question, je meurs de savoir quel est son vin préféré ! « Sans hésitation le Punk Tchèque, mais il n'est pas commercialisé, car je n'en fais que quelques bouteilles… heureusement, suffisamment pour ma réserve personnelle ! »
S'il retourne régulièrement en République Tchèque pour vendre fûts et cuves, mais aussi pour prodiguer des conseils en vinification, Andrea reste fidèle à la terre qu'il chérit, habitant une petite caravane en pleine communion avec la nature. Véritable choix ou situation occasionnelle ? « Aujourd'hui je possède 4 ½ hectares de vigne et je prévois d'en acheter 2 ½ de plus en fin d'année. Et je devrais enfin m'installer d'ici 2011. » Et lorsqu'on le questionne sur les obstacles éventuels de son installation future, il se met à rire. « Un Tchèque en Ardèche, ça apporte un peu d’exotisme. Moi en plus je suis un peu bizarre, marginal... alors les voisins se disent que ça peut bien faire dans le paysage, ça apporte une petite touche originale ! »
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